Euthanasie : “Il ne fait pas bon d’être inutile aujourd’hui”

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Aleteia par Xavier Patier - publié le 14/07/26

Euthanasie   Il ne fait pas bon d’être inutile aujourd’hui

Ils étaient fiers d’avoir travaillé durement pour leur famille et leur pays, les boomers sont désormais faibles et inutiles. Une majorité de jeunes élus veut les faire disparaître. Ces représentants du peuple veulent moins de vie, déplore l’écrivain Xavier Patier, pour eux la mort est l’unique salut.

Le drame de ma génération, détestée par celle qu’elle a engendrée, est de s’être construite dans un monde qui se déconstruisait. Beaucoup de jeunes n’ont jamais fini de nous le reprocher. Ok, boomer ! Pourtant notre classe d’âge n’a pas déserté ses responsabilités : peu de générations auront autant que la nôtre travaillé pour leur pays. Les boomers, censés avoir vécu dans la facilité et à crédit, ont passé leur vie dans l’effort et l’épargne. Les trente-cinq heures n’existaient pas pour eux. Pas de RTT. Pas de télétravail. Presque pas de congé parental. Ils ne passaient pas sans cesse d’un projet à l’autre. Ils n’avaient guère le temps de tomber malades. Ils gardaient pour eux leurs états d’âme. 

La lourde charrue des boomers

Nous, répréhensibles boomers, étions attelés à une lourde charrue qu’il fallait tirer pendant cinquante ou soixante heures par semaine, pendant quarante-huit semaines par an, pendant quarante-cinq années d’une vie, afin de nourrir nos familles et aussi de nourrir la France que nous aimions et qui pour nous était la famille de nos familles, cause sacrée. Nous en étions heureux. Nous étions fiers de payer nos impôts. Nous étions fiers de militer bénévolement dans des associations. Nous étions fiers d’avoir accompli avec ferveur nos obligations militaires. Nous étions fiers d’être libres. Nous étions fiers de nos parents. 

Malgré cette farouche volonté, nous avons vu la France se défaire. La tragédie de nos vies fut de découvrir qu’au moment où nous avions le plus d’influence sur elle, le plus de pouvoir, la pleine force de l’âge, notre patrie se mettait à ressembler à quelque chose que nous n’aimions pas.

Nous avions reçu en héritage une France riche ; nous nous battions pour qu’elle ne devienne pas égoïste. Ce fut notre échec : après le triomphe de Tartuffe en 1981, la facilité a engendré les bons sentiments, les bons sentiments ont engendré le chacun pour soi, puis le chacun pour soi a engendré la misère morale et bientôt matérielle. Nous avons tenté de dresser des étais sous la voûte chrétienne qui s’effondrait sous nos yeux. Ce fut en vain. La hargne sournoise, forme nouvelle du combat politique, dessinait un nouveau paysage. Le mensonge gagnait. Les jeunes vivaient dans un effroyable dénuement spirituel. Ils avaient perdu leur immunité morale. Nous l’avions senti venir. Nous l’avions dénoncé. Nous n’avons pas su l’empêcher. 

Serviteurs inutiles

On dit aussi que les boomers ont pollué la planète. Est-ce vrai ? Sans doute l’ont-ils moins pollué que la nouvelle génération. Les boomers prenaient un vélo plutôt qu’un avion pour aller en vacances. Le matin, plutôt que de gloser sur des réseaux sociaux qui n’existaient pas encore, nous allions courir dans la nuit autour des grilles encore fermées du Luxembourg. Au retour, nous prenions nos douches à l’eau froide. Pas pour sauver la planète : pour conforter nos âmes par l’ascèse de nos corps. Nos loisirs d’étudiants n’étaient pas numériques, ils ne consommaient pas d’énergies fossiles. Nos élans humanitaires ne consistaient pas à baguenauder au bout du monde, mais à rendre visite à des voisins âgés de la paroisse. Nos fêtes ne comportaient pas de drogue. 

Malgré cette farouche volonté, nous avons vu la France se défaire. La tragédie de nos vies fut de découvrir qu’au moment où nous avions le plus d’influence sur elle, le plus de pouvoir, la pleine force de l’âge, notre patrie se mettait à ressembler à quelque chose que nous n’aimions pas. Notre chantier devenait, au fur et à mesure que nous le bâtissions, un périlleux champ de ruines. C’est ainsi que les serviteurs infatigables se sont avisés, au fil des déboires politiques, qu’ils étaient des serviteurs inutiles. 

Moins de tout, moins de vie

Il ne fait pas bon être inutile dans le monde post-moderne : à présent, on voudrait nous tuer. C’est logique, à défaut d’être réjouissant. L’Assemblée nationale, composée de députés qui ont en moyenne l’âge d’un citoyen né sous Giscard d’Estaing, c’est-à-dire l’âge des amnésies péremptoires, voudrait, à la majorité, transformer les soignants en assassins. Tuer est un crime. Obliger son prochain à tuer un homme en désarroi est une abomination. Qu’importe ! Il est urgent de faire disparaître les faibles et les improductifs. Les experts, les autorités morales, les consciences, les grandes voix prêchent dans le désert : bien des jeunes élus ne les entendent pas. Ils s’estiment plus savants que les vieux experts. Ils se croient plus sages que les philosophes. Ils se sentent plus avisés que les hommes de foi. Ces fils de boomers ne croient à rien, n’espèrent rien, ne craignent rien. 

Ils sont persuadés qu’ils sauveront la planète en organisant la mort de l’homme.

Ils fuient la vie. Ils détestent le pain et le vin, sans trop savoir pourquoi ils les détestent, et d’une détestation proprement métaphysique, car le diable se mêle à leur projet. Ils déshonorent notre mémoire. Ils détruisent notre agriculture. Ils ruinent nos vignerons. Ils inventent un nouveau catéchisme sans miséricorde. Ils appellent ça être " eco-friendly" et ils nous imposent le " dry january", car ils détestent aussi notre langue. Au fond, ces représentants du peuple veulent moins de tout : moins de glucose, moins de lactose, moins de gluten, moins de langue française, moins de fierté, moins de travail, moins de foi, moins de malades, moins de générosité, moins de panache, moins d’intelligence, moins de bébés, moins de déchets, moins de vieillards. Bref, moins de vie. 

Le démon de la mort

Pour eux, la mort est l’unique salut. Ils sont persuadés qu’ils sauveront la planète en organisant la mort de l’homme. Pour commencer, ils projettent d’euthanasier les boomers. Périssent les faibles et les ratés, et qu’on les aide encore à disparaître, disait leur maître Nietzsche, qu’ils n’ont même pas lu.

Allons ! ce n’est pas parce que ma génération a un pied dans la tombe qu’elle va laisser quelques jeunes égarés lui marcher sur l’autre pied. On dit les lois sociétales irréversibles. Nous prouverons bientôt qu’elles peuvent se démoder très vite. Sauvons les jeunes de leurs propres démons avant qu’ils soient devenus vieux et éligibles à la mort administrée.

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Catholiques, ne laissons pas le monde vivant se faire euthanasier aussi !

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Aleteia par Gaultier Bès - publié le 02/07/26

Catholiques, ne laissons pas le monde vivant se faire euthanasier aussi

L’essayiste Gaultier Bès s’inquiète de la torpeur morale et spirituelle dans laquelle les catholiques se laissent enfermer devant les graves dangers du dérèglement écologique mondial. Il les appelle au sursaut pour être à la fine pointe du combat pour une écologie intégrale.

L’orage a délivré le pays suffoquant. On respire, un peu, en attendant la prochaine fournaise. On n’a pas fini, hélas, de compter les morts et de mesurer les dégâts, sur les individus, sur la société, comme sur la faune, la flore, les rivières, les océans… Plongés dans un sauna gigantesque et morbide, même les corps bien portants ont souffert. Un sinistre chapelet d’oisillons morts borde routes et chemins. Dans certains élevages, c’est l’hécatombe. Des agriculteurs, déjà, pleurent leurs récoltes avortées. Déjà, au seuil de l’été, il n’est plus d’herbe fraîche où reposer.

Correction fraternelle

Et pourtant, dans les paroisses et évêchés, on fait à peu près comme si de rien n’était. Comme si nous n’étions pas en train de vivre l’une des bascules les plus spectaculaires de l’histoire humaine : celle où, après des décennies de frénésie productiviste et d’anthropocentrisme extrême, notre maison commune elle-même, la Terre, devient moins habitable, moins hospitalière, et où, comme toujours, les plus fragiles sont à la fois les derniers coupables et les premières victimes. Serait-il possible que la religion des pauvres et de l’incarnation n’ait rien à dire là-dessus ? Que nos pasteurs, rarement avares pourtant de communications, se contentent de s’éponger le front et d’installer un ventilateur dans leurs stalles ?

Un ami prêtre a naguère réussi l’exploit de prêcher, devant un éco-hameau, le jour de la saint François, en évoquant le "genre", mais sans parler... d'écologie. J’étais furieux. Je crois qu’il a reçu, de très bonne grâce, ma correction fraternelle, avec cet aveu, confondant : je n’y ai même pas pensé.

Sans vouloir hiérarchiser les luttes, j’avoue que la vie des générations à venir (qui se trouvent avoir aussi le visage de mes cinq enfants) ne me préoccupe pas moins que la mort des personnes en fin de vie.

Nous laissons faire

La plupart d’entre nous en sommes là : nous n’y pensons même pas. La vérité, c’est que les catholiques sont des croyants comme les autres : ils croient que leur mode de vie est sinon généralisable, du moins durable. Ils n’ont nullement l’intention d’y changer quoi que ce soit.  Quand bien même il dégrade à très grande vitesse équilibres sociaux et environnementaux, nous avons toujours plus de mal à contester un système de production et de consommation — capitaliste et mondialisé — qui a mis le grappin sur nos imaginaires, nos intelligences et nos cœurs, et nous a tous rendu accrocs à ses gadgets. Pire : nous avons pour Elon Musk les yeux de Chimène parce que lui et ses petits copains transhumanistes nous promettent qu’on pourra vivre enfin bientôt en vrais extraterrestres, s’envoyer en l’air dans des fusées, augmentés de puces et de robots. Nous laissons venir, nous laissons faire la fin du monde vivant parce que nous n’arrivons pas à concevoir la fin de l’abondance technologique.

Avec raison, nos pasteurs haussent le ton contre la libéralisation de l’euthanasie. On aimerait les entendre, parfois, sur la dévastation du monde vivant. Faut-il rappeler les chiffres de la pollution de l’eau, de la terre, de l’air, des organismes, ou la ruine accélérée de la biodiversité ? Sans vouloir hiérarchiser les luttes, j’avoue que la vie des générations à venir (qui se trouvent avoir aussi le visage de mes cinq enfants) ne me préoccupe pas moins que la mort des personnes en fin de vie. Je m’oppose à toute forme de mort administrée et à toute forme de "culture du déchet", qu’il s’agisse des invalides, vieillards, malades, handicapés, ou des autres êtres vivants, humains et autres qu’humains, sacrifiés sur l’autel du confort et de l’immobilisme.

Une espérance scandaleuse

Dans son pamphlet contre la compromission des catholiques avec le franquisme, publié en 1937, Georges Bernanos imagine le sermon que pourrait faire un "brave agnostique" auquel, "par impossible, le jour de l’année consacré à sainte Thérèse de Lisieux, l’un de ces insupportables bavards céderait pour un moment sa place en chaire" (Les Grands Cimetières sous la lune, II, 3). À la sage assemblée des "dévots et dévotes" assis devant lui, l’agnostique rappelle la puissance subversive de la Bonne Nouvelle du Christ. On a fait par exemple de la très sainte Vierge Marie un modèle de discrétion, de patience, de douceur. Elle l’est, c’est certain, mais dès la Visitation, elle devient aussi l’éloquente porte-parole d’une espérance scandaleuse, celle de voir abolies, au nom de la justice, les dominations et les iniquités terrestres. Loin de toute forme de résignation, cette jeune fille ne magnifie-t-elle pas en effet, dans un texte que l’Église chante chaque jour aux vêpres, un Dieu qui renverse les puissants de leur trône et renvoie les riches les mains vides, tandis qu’il élève les humbles et comble de biens les affamés (Lc, 1, 46-55) ?

L’"humble servante" prononce alors une prière inouïe, tonitruante, dont on n’a pas fini d’entendre l’écho politique. On comprend que le pasteur Dietrich Bonhoeffer, résistant au nazisme, y ait vu "le cantique le plus révolutionnaire qui ait jamais été chanté", et que la dictature argentine l’ait caviardé (in Emmanuel Pellat, "Le "Magnificat"", La Croix, 21 mars 2015). Comme hymne conservatrice, en tout cas, on fait mieux.

Un élan retombé

L’agnostique bernanosien, lui, évoque François d’Assise, l’un des saints les plus populaires de toute la chrétienté. À ses ouailles fictives, il rappelle l’impératif évangélique de Pauvreté si intensément vécu par le Poverello, avant de s’adresser, non sans ironie, à nous autres, catholiques bon teint et chrétiens endormis :

"Vous ressemblez à ces Italiens légendaires attendant l’heure de l’assaut. Tout à coup le colonel lève son sabre, enjambe le parapet, prend seul sa course à travers le tir de barrage, en criant : Avanti ! Avanti ! pendant que ses soldats, toujours tapis au fond de la parallèle de départ, électrisés par tant de vaillance, battent des mains, les larmes aux yeux : Bravo ! Bravo ! Bravissimo !"

L’écologie est, hélas, un bon symbole de notre paralysie, de notre acédie même, cette paresse, cette torpeur morale et spirituelle.

Nous en sommes là. Nous applaudissons les saints au lieu de les suivre. Nous admirons leur héroïsme sans l’imiter. Très peu pour nous, merci ! Autres temps, autres mœurs, nous justifions-nous, prenant notre tiédeur pour de la prudence et nos compromissions pour de raisonnables accommodements. Pourtant, notre époque en a rudement besoin, aussi, de prophètes et de radicalité.

L’écologie est, hélas, un bon symbole de notre paralysie, de notre acédie même, cette paresse, cette torpeur morale et spirituelle. À l’invite de chacun de nos papes — au moins depuis Paul VI et en passant par saint Jean Paul II — nous devrions être à la fine pointe du combat pour une écologie intégrale, et la vérité, c’est que nous sommes à la traîne, quand nous ne sommes pas dans le camp d’en face. Certes, trop peu nombreux, et avec un courage souvent admirable, des catholiques s’engagent, dans le champ social, contre les injustices du temps et de toujours — contre la misère matérielle, ici, contre les transgressions bioéthiques, là — euthanasie, manipulations génétiques, avortement de masse… Mais l’élan soulevé par Laudato Si est bien retombé, alors que le diagnostic hélas s’avère chaque jour plus grave. À de rares exceptions près, les seules prières universelles évoquant les dégâts infligés à la Création non-humaine que j’ai l’occasion d’entendre à la messe sont celles que j’ai rédigées moi-même…

Quand le dernier arbre aura fini de griller au milieu du grand parking mondial, nul doute qu’on trouvera encore des gens, et peut-être hélas, parmi eux des chrétiens, pour fulminer contre les "escrolos" !

Les alertes des scientifiques

La création brûle, et nous regardons ailleurs. Quand la canicule sévit, fragilisant nos corps, nos relations, nos institutions, nos infrastructures et l’ensemble des écosystèmes, certains n’ont que le mot "climatisation" à la bouche. Comme si nous n’avions pas d’abord à réduire massivement nos émissions de gaz à effet de serre. Comme s’il fallait se résigner à nous couper toujours davantage de notre milieu naturel en fabriquant des bulles et des bunkers high tech. Comme si nous n’avions d’autre avenir à proposer à nos enfants que la poursuite, coûte que coûte, de la croissance du PIB.

Quand depuis cinquante ans et plus, les militants écologistes relaient, dans la plus grande indifférence, les alertes des scientifiques sur le dépassement des limites planétaires, certains trouvent encore le moyen de les rendre responsables du fiasco actuel. Quand le dernier arbre aura fini de griller au milieu du grand parking mondial, nul doute qu’on trouvera encore des gens, et peut-être hélas, parmi eux des chrétiens, pour fulminer contre les "escrolos" !

Lutter contre les causes

Quand le changement climatique essentiellement causé par le modèle industriel promu par l’Occident jette toujours plus de personnes sur les routes de l’exil, contraignant un nombre croissant de gens à quitter, souvent au péril de leur vie, leur terre natale, certains osent parler d’invasion. Comme si la pire "subversion" n’était pas celle, très concrète, d’un grand nombre de terres arables à l’horizon 2050. Comme si le "grand remplacement" n’était pas d’abord celui d’une économie de subsistance, artisanale et familiale, et non-délocalisable, par des modèles d’exploitation productiviste où l’humain n’est plus qu’une variable d’ajustement. Vous trouvez que les migrations actuelles déséquilibrent un corps social déjà à bout de souffle ? Luttez contre ses causes, pas contre ses victimes. Quand le sage montre le dérèglement climatique, l’idiot allume la clim, l’apôtre éteint le feu.

Il s’agit d’entraîner tout le peuple de Dieu dans la "conversion écologique" qu’appelait déjà de ses vœux saint Jean-Paul II en 1990.

Dénoncer les structures de péché

On n’exige pas de nos évêques qu’ils soient au premier rang des luttes écologistes, qu’il grimpe aux arbres pour protester contre des chantiers aussi absurdes et anachroniques que celui de l’A69 entre Toulouse et Castres, ni même qu’ils envoient des représentants aux marches pour le climat (quoique ce serait bienvenu !). On voudrait simplement qu’ils prennent enfin au sérieux la destruction des conditions d’existence matérielle sur la seule planète habitable de l’univers visible et invisible. Qu’ils en parlent, humblement mais résolument. Et que cette réalité intègre vraiment la pastorale et la gestion financière, comme elle a intégré, depuis 2015, le magistère. C’est ce qu’a fait, par exemple, le diocèse de Nantes en renonçant à tout investissement dans les énergies fossiles.

Il ne suffit pas d’encourager le label Églises vertes et des groupes Laudato Si, il s’agit d’entraîner tout le peuple de Dieu dans la "conversion écologique" qu’appelait déjà de ses vœux saint Jean-Paul II en 1990. Il ne suffit pas de parler de sobriété et de simplicité de vie, ni même de "faire sa part", via quelques petits gestes, il faut dénoncer, à haute et intelligible voix, le mal à l’œuvre à travers des structures, économiques, sociales, politiques, de péché. Il ne suffit pas de s’acclimater à la nouvelle donne écologique, de s’adapter aux nouveaux désordres du monde, en sauvant les meubles, il s’agit d’habiter, chrétiennement, le monde, et donc d’œuvrer chaque jour à sa transformation, par la grâce et le secours de Dieu.

Prophétique ou rien

L’heure est trop grave pour la tiédeur. Sur l’urgence écologique comme sur la justice sociale ou les questions bioéthiques, l’Église sera prophétique ou ne sera plus. Pour elle, s’embourgeoiser, c’est se trahir, c’est abandonner l’Évangile du Magnificat, et des Béatitudes. Une Église gestionnaire n’a pas plus de sens qu’un missionnaire actionnaire chez Total. "Devenir la bête noire des hommes libres et des pauvres, avec un programme comme celui de l’Évangile, convenez qu’il y a de quoi faire rigoler", conclut, doux-amer, l’agnostique de Bernanos.