Oasis de Miséricorde

Œuvres de miséricorde spirituelle : Conseiller ceux qui en ont besoin

Les conseils souvent m’agacent, ceux que je reçois comme ceux que je donne, parce que la plupart sont évidents et pourtant on ne les suit pas. Alors, à quoi bon les conseils ? Est-ce ce doute qui m’a amené, comme certains me l’ont fait remarquer, à évacuer de ma prédication les impératifs et les subjonctifs, ou leurs équivalents – les il faut, les nous devons. Et pourtant Jésus dans les Évangiles, Paul et les autres apôtres dans leurs lettres, emploient de ces impératifs et subjonctifs, comme Dieu a donné ses commandements à Moïse !

Oui, mais nous remarquerons que ces commandements ne s’expriment ni sous la forme abrupte d’impératifs, ni sous celle abstraite de substantifs, ni sous celle impersonnelle d’infinitifs, mais comme une parole adressée à un tu, c’est-à-dire à moi, et le verbe hébreu est au temps de l’inachevé – que nous traduisons par un futur. Ils ouvrent une marche en compagnie de quelqu’un, une relation qui se creuse, une histoire qui évolue entre des personnes.

Alors pourquoi, devant ces commandements, nous a-t-on souvent incités, par l’examen de conscience, à nous retourner sur nous-mêmes : ce qui m’est recommandé, l’ai-je bien fait ou l’ai-je omis ? Ce que je dois éviter, ne m’y suis-je pas laissé aller ?… Toujours moi-moi ! Comment ma réponse à ce tu ne pourrait-elle pas être d’abord tournée vers l’autre, dans un tu de reconnaissance, de demande d’inspiration et d’appui ?

Cela m’amène à revenir sur le titre même de cette « œuvre de miséricorde ». Si les conseils – nom abstrait – me rebutent, il s’agit ici de conseiller – verbe actif, qui m’invite à entrer dans une relation avec ceux qui en ont besoin, que ce soit eux qui éprouvent ce besoin, ou moi qui le perçois. Et alors, conseiller n’est plus se pencher avec condescendance sur les faiblesses d’autrui, mais devient une histoire, une aventure ouverte entre deux êtres, qui, chacun à sa manière propre, vivent ensemble le passage en eux de la Miséricorde.

careme-dans-la-ville

Œuvres de miséricorde spirituelle : Supporter patiemment les personnes ennuyeuses

« Supportez-vous les uns les autres, et si quelqu’un a quelque grief contre l’autre, pardonnez-vous mutuellement ; comme le Seigneur vous a pardonné, faites de même, vous aussi. Et par-dessus tout, revêtez l’amour : c’est le lien parfait » 1 Col 3, 13-14.

Le verbe « supporter » est la plupart du temps une invitation à faire bonne figure dans les difficultés. Avec le sentiment que nous ne pouvons rien faire pour changer notre propre situation ou celle des autres. Les enfants du voisin sont bruyants. Qu’y puis-je ? En famille, en communauté, dans la paroisse, il y a des impasses, des lassitudes. On se connaît depuis si longtemps, il n’y a plus rien à découvrir. La fatalité pèse sur nos épaules.

Il y a des casse-pieds, des gêneurs, des insupportables. Comme chacun, ils ont droit de mener aussi une existence, leur vie. Au minimum, on les tolère. Sachant qu’il faut aller plus loin, les reconnaître positivement, quelquefois en y passant beaucoup de temps.

Supporter, c’est aussi assumer une charge, un risque, soit familial, soit professionnel, soit social. C’est endurer, ne pas faiblir, encaisser. Admettre que je n’ai pas la vérité entièrement et qu’il me faut écouter, comprendre les autres.

En Afrique, au Cameroun, on « supporte » une équipe de football. Dans le langage sportif français, on est « supporter », selon la langue anglaise. On encourage, on donne son appui ; on est fan d’un sportif d’une équipe, d’un parti, d’un coureur, d’un candidat.

Et Dieu dans tout cela. Il est le plus patient, d’une patience inusable, inaltérable. « Tu es ma patience, Seigneur » Ps 9, 19. Mon espérance. La patience de Dieu est inaltérable et inusable. Et cela parce que Dieu est amour et qu’il croit en nous.

Dieu, qui est Père, veut que nous nous fassions un cœur comme le sien, un cœur libre pour tous les dons et toutes les gratuités. Un cœur neuf tous les jours, qui ne se lasse pas de chercher à comprendre, à garder un cœur ouvert à toute détresse, à toute joie. Il sait que nos qualités sont ce qui fait notre véritable valeur. Nous valons plus que ce que nous croyons être.

« J’associe souvent la sainteté et la patience : pas seulement comme patience (supporter le poids des événements et des circonstances de la vie), mais aussi comme constance dans le fait d’aller de l’avant, jour après jour. » Entretien du pape François avec le P. Antoine Spadaro, le 19 août 2013.

fr Maurice Billet – op. Couvent de Lille

careme-dans-la-ville

Œuvres de miséricorde spirituelle - Exhorter les pécheurs

Exhorter les pécheurs

Si ton frère a péché, va et reprends-le entre toi et lui seul (Matthieu 18,15).
J’aimerais pouvoir aider l’autre à sortir de son malheur et de son péché et le remettre dans le droit chemin. Certains me qualifieraient de redresseur de torts et ils me répondraient : Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil (Luc 6, 41)

 

Bien sûr la miséricorde me fait souhaiter que l’autre retrouve le bonheur d’un cœur pacifié.
Mais est-ce moi qui suis miséricordieux ou le Christ ?
La pauvreté de l’autre me fait découvrir ma propre misère, la faute de l’autre me fait prendre conscience de mon propre péché. Quand je souhaite pour mon frère la miséricorde de Dieu, je commence à découvrir que moi aussi j’ai besoin de cette miséricorde.

Ensemble, lui qui ne le sait peut-être pas, et moi qui voit son malheur,
ensemble nous pouvons nous tourner vers la Miséricorde du Christ

Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. (Matthieu 5, 41)

Quand j’aide mon frère à retrouver le chemin, il m’aide à ne pas me perdre.
Qu’il est nécessaire d’être consolé par l’attention des autres.
Qu’il est doux de participer au rétablissement de l’autre,
Qu’il est bon de guérir en même temps que l’autre,
Jésus offre à tous sa miséricorde

fr. Emmanuel Dollé, op.

careme-dans-la-ville

Œuvres de miséricorde spirituelle - Instruire les ignorants

Instruire les ignorants

La miséricorde, ce débordement de d’attention, d’affection et d’amour désintéressé peut-elle supporter que certains hommes, certains enfants, soient murés dans les prisons de l’ignorance sans espoir de libération ?

L’aptitude de lire et d’écrire est une liberté fondamentale reconnue par l’article 26 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Combattre l’ignorance est le devoir de tout homme, et il n’est pas besoin d’être chrétien pour accomplir cette œuvre de justice fondamentale.

 

Alors pourquoi considérer l’instruction des ignorants comme une œuvre de miséricorde spirituelle ? Le devoir de tout chrétien est d’être extrêmement attentif à ce que la dignité de l’autre soit reconnue dans le savoir qu’il détient. Je dois aider l’autre à grandir en accédant à la connaissance la plus large possible. Cette tâche de justice et de paix est aussi une œuvre chrétienne comme y invitent les Béatitudes : Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés. … Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.  

Le combat contre l’ignorance ne peut se limiter à l’enseignement de la culture générale.

De nombreux passages des évangiles montrent Jésus enseignant dans la synagogue, dans le temple, sur la montagne, au bord du lac ; il parcourait la Galilée enseignant et prêchant etc. Parfois il parlait en paraboles pour que les choses compliquées deviennent faciles à comprendre « Les disciples s’approchèrent, et lui dirent: Pourquoi leur parles-tu en paraboles? Jésus leur répondit: Parce qu’il vous a été donné de connaître les mystères du royaume des cieux, et que cela ne leur a pas été donné. »*

Avant de quitter les disciples, Jésus leur dit une dernière fois  « Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre »**

Nous devons être témoins du Christ,  instruments de la découverte et de la meilleure connaissance de Dieu.

Je ne peux pas laisser mon frère dans l’ignorance de Dieu.

« Ceux qui sont des maîtres de justice pour la multitude resplendiront comme les étoiles dans les siècles des siècles »*** .

fr Emmanuel Dollé, op
Couvent de Lille

*Matthieu 13 :10-11
**Actes 1, 8
***Daniel 12, 3b

 

careme-dans-la-ville

 

Œuvres de miséricorde spirituelle - Le pardon des offenses

Le pardon des offenses

Même le chant profane de notre vie en société daigne s’arrêter aujourd’hui sur le bienfait du pardon des offenses. C’est vrai dans les domaines familiaux ou judiciaires, c’est vrai aussi du domaine politique : est-ce humainement possible ? Même au lendemain de conduites infâmes ou de crimes atroces ?

Desmond Tutu le croyait, servi qu’il était en Afrique du Sud par le fait que blancs et noirs, ces frères ennemis, avaient été pétris de culture biblique, et il terminait son ouvrage Pas de réconciliation sans pardon par l’évocation d’un mémorial aux USA dédié aux victimes de la guerre du Vietnam, où était gravé le dialogue suivant :

« Prisonnier des Vietcongs, leur as-tu pardonné ?

– bien sûr que non

– eh bien alors, tu restes toujours leur prisonnier. »

Pardonner, autant demander pardon qu’accorder son pardon, c’est en même temps libérer l’autre des chaînes de la haine et s’en libérer soi-même. S’ouvrir ensemble à un nouveau possible, à un avenir tout neuf. Et ne sommes-nous pas là en pleine terre évangélique ?

Il suffit d’en rappeler trois textes forts, fortissimes. Le Notre Père*, ressassé plusieurs fois chaque jour, la parabole du Père prodigue**, fou de joie au retour de son fils perdu et enfin dans Matthieu 18,21 Pierre qui voulait bien pardonner 7 fois, à la rigueur, chichement se voit propulser vers l’inconditionnel et l’illimité du pardon selon notre Dieu : « 77 fois 7 fois ». Dans la vie, ce qui compte ne se compte pas, ne se calcule pas, ne se mégote pas. Ou alors si nous tenons à compter, faisons notre miel de cette admirable  confession de foi due au Père Moingt : « Je compte sur Lui parce que je compte pour Lui. »

Le pardon, c’est à nouveau l’acte de création : tu comptes pour Moi, prostituée en procès où larron en croix, homme de savoir (Nicodème) ou homme d’argent (Zaché), une fois ou mille fois, disons, redisons oui à la vie qui renaît. En moi, en l’autre, le lieu de Dieu c’est l’entre nous.

fr Dominique Motte, op.
Couvent de Lille

* Évangile selon saint Matthieu, chapitre 6, verset 9.

** Évangile selon saint Luc, chapitre 15, verset 20.

careme-dans-la-ville

Les Mées

Saint-Auban

Malijai

Volonne

Peyruis

L'Escale

Dabisse

Montfort

Lurs

Sourribes